De Davos à Beyrouth : la crise juridico-institutionnelle de l’ordre international
Exclusivité – Aldonya News
Par le général de brigade (ret.) Monzer Ay
La déclaration du Premier ministre canadien Mark Carney au Forum économique mondial de Davos, affirmant que l’ordre international fondé sur des règles ne fonctionne plus, constitue moins une prise de position politique qu’un constat de dysfonctionnement juridico-institutionnel du système international contemporain. Elle met en évidence l’érosion du principe de normativité qui fonde la légitimité, l’universalité et le caractère contraignant du droit international.
L’ordre international issu de l’après-Seconde Guerre mondiale repose sur un équilibre entre souveraineté étatique, règles juridiques communes et mécanismes institutionnels de mise en œuvre, au premier rang desquels figurent les Nations unies. Or, cet équilibre est aujourd’hui rompu : les normes subsistent formellement, mais leur application devient sélective et conditionnée par les rapports de force, ce qui affaiblit le principe d’égalité souveraine des États et vide les décisions internationales de leur portée obligatoire.
Cette dégradation affecte particulièrement les puissances moyennes, dont la sécurité et l’influence dépendent moins de la coercition que de la prévisibilité juridique et du fonctionnement effectif des institutions multilatérales. L’affaiblissement du caractère exécutoire des normes transforme ces États en acteurs structurellement vulnérables au sein d’un système où le droit demeure proclamé mais n’est plus garanti par l’institution.
Le cas libanais illustre de manière extrême cette crise. Violations répétées de la souveraineté sans mécanismes de sanction, résolutions internationales dépourvues de mise en œuvre effective, conditionnalité juridique et politique de l’assistance extérieure et subordination aux équilibres régionaux traduisent un ordre international dans lequel l’institution existe sans capacité opérationnelle réelle. L’État y apparaît moins comme un sujet de droit pleinement protégé que comme un objet de gestion internationale.
En définitive, la crise actuelle de l’ordre international n’est pas tant celle des normes que celle de leur institutionnalisation effective. Le danger majeur ne réside pas dans l’absence de règles, mais dans la persistance d’un système juridiquement formel et institutionnellement affaibli, où la responsabilité de l’échec est transférée vers les États les plus fragiles au lieu d’être assumée comme un dysfonctionnement structurel du système lui-même.
